iNTERVIEW JACQUES GILLOT 22/09/07
INTERVIEW
Jacques Gillot, président du conseil général
« C’est un pays que nous avons à construire et nous n’allons pas jeter les déchets à la mer »
. « Chacun doit accepter de jouer la carte de la solidarité. »
. « Peut-être que la Gabarre pourrait accepter de soulager Baillif en acceptant une partie des déchets à traiter, dès que l’on garantit au Sictom que ce n’est pas la totalité des déchets et que ce sera uniquement pour une durée transitoire. »
. Jacques Gillot fait en notre compagnie le point sur le délicat problème du traitement des déchets.
Un an après la décision du préfet de donner un sursis à la fermeture de la décharge de Baillif en attendant que les élus se bougent et mettent en place des structures, celle-ci ferme. Depuis les Guadeloupéens se demandent ce qu'on fait les élus. Que répondez-vous ?
Il faut avant tout rappeler quelles sont les responsabilités de chacun dans ce dossier avant de dire que les élus n’ont rien fait . Je vous rappelle que les communes et leurs groupements, et là je veux parler des syndicats intercommunaux, comme le Sictom de Pointe-à-Pitre et le Symctom de Basse-terre, sont chargées de la collecte et du traitement des ordures ménagères. Les services de l’Etat délivrent les autorisations aux structures de traitement qui, par définition, sont des «installations classées . La Région intervient, de façon volontariste, pour soutenir les projets d’investissements des communes et de leurs groupements. Le conseil général, pour sa part, j'y viens, est compétent depuis janvier 2005 pour la révision du Plan départemental d’élimination des déchets ménagers et assimilés. C'est le cadre global, qui fixe les différents procédés, sites et secteurs géographiques prévus pour le traitement des déchets. La collecte et le traitement des déchets ne sont donc pas, comme on le dit trop souvent, de la compétence du conseil général. Pourtant, en ma qualité de président de cette collectivité, je me sens responsable. C’est pourquoi j’ai décidé de m’impliquer dans ce dossier qui fait partie des enjeux majeurs de ce pays.
Où en est-on de ce plan ?
Dès 2005, nous avons entamé la révision du Pdedma, qui est une procédure longue incluant des délais incompressibles de 18 à 24 mois. Nous avons demandé à l’Etat la possibilité de mettre en place une révision TGV pour faire notamment face à l’enjeu de Baillif. Il s'agit de la construction de l’usine de tri compostage qui était initialement prévue sur ce site par la Région et qui avait été interdite pour non-conformité au Pdedma de 1997. Mais, malheureusement, nous n’avons pas obtenu gain de cause. Nous avons donc conduit cette révision du Pdedma en prenant soin d’éviter les erreurs du passé et en garantissant que tous les modes de traitement possibles soient éligibles.
Vous avez visité la décharge de Baillif.
Oui, dès le milieu de l'année 2006, je me suis rendu sur le site de la décharge pour constater par moi-même le problème. Ma méthode est toujours la même, en particulier lorsqu’il s’agit des grands enjeux du pays : se concerter, décider et agir.
Et ensuite ?
J'y viens. Lorsque le préfet de l’époque et le porteur du projet m’ont présenté la possibilité de créer un centre de stockage des déchets ultimes, ce qu'on appelle de manière lapidaire un CSDU, à Sainte-Rose, j’ai organisé, dès le 26 septembre 2006, une réunion élargie de la commission mixte environnement/ foncier du conseil général en y associant la Région, Richard Yacou, maire de Sainte-Rose, Daniel Géniès, président du Sictom de Pointe-à-Pitre/Les Abymes et Simon Barlagne, président du Symctom de Basse-Terre.
Qu'avez-vous décidé ?
Avant tout, nous nous sommes réunis entre élus décideurs et nous avons ensuite auditionné les deux porteurs de projets de création d’un CSDU. Il s'agit du groupe Sita Wider Sa et de la société Véolia Propreté, tous deux ayant des compétences et de l’expérience dans ce secteur.
Après leur audition, nous avons unanimement, je dis bien unanimement, convenu que ces deux projets étaient intéressants pour la Guadeloupe. Pourquoi ? Parce qu’ils permettraient de pallier les difficultés de la décharge de Baillif et éventuellement la saturation de Grand Camp. Je pense qu'il faut créer au moins deux ou trois CSDU en Guadeloupe et nous sommes prêts, au Département, à mettre à disposition le foncier nécessaire. Parce que c’est dans l’intérêt du pays.
En outre, je rappelle que le conseil général s’est engagé à concurrence de 3 millions d'euros dans l’accompagnement du projet de restructuration et d’implantation d’une usine d’incinération de la décharge de la Gabarre.
Je répète : à qui la faute si rien ne donne le sentiment que ça bouge ? Aux maires qui ne remuent pas même une oreille en attendant les municipales, avant de ne plus bouger en attendant les sénatoriales, etc. ?
Le rôle de l’élu responsable est de répondre aux attentes de notre population en gardant toujours une vision globale des problèmes du pays.
Je ne suis pas là pour dire que c’est la faute d’untel car je n’ai pas pour habitude de verser dans la polémique ni de revenir sur mes engagements.
Mon rôle c’est d’essayer de proposer des solutions pour faire avancer les dossiers
Ceci dit, je m’étonne du revirement de certains responsables politiques, et en particulier du maire de Sainte-Rose, qui avait donné son accord personnel pour l’implantation d’un CSDU à Sainte-Rose lors de la réunion du 26 septembre 2006.
Ce qui est grave c’est la politisation à outrance de certains dossiers et les polémiques stériles qui naissent à cette occasion. La question des déchets, à 6 mois des élections municipales et cantonales est devenue un enjeu électoral et c’est malheureux que certains refusent de prendre leurs responsabilités et versent dans la démagogie. Il faut avoir le courage d’expliquer à la population les décisions que nous devons prendre dans l’intérêt général, une fois que la population est rassurée, elle comprend. C’est le courage politique qui fera que les guadeloupéens reprendront confiance dans leurs élus.
Baillif fermée, restait la solution transitoire, transitoire seulement, de tout apporter à la Gabarre. Le président du Sictom l'a dit : « Pas une ordure de la Basse-Terre n'entrera à la Gabarre. » Alors, que doivent faire les Guadeloupéens dont les poubelles ne sont plus ramassées ? Encombrer les ravines ?
Je crois que dans ce dossier chacun doit accepter de jouer la carte de la solidarité à condition d’obtenir les garanties nécessaires.
La solution pour Baillif n’est pas une question de personnes. Tout le monde sait que la décharge de Baillif doit être réhabilitée . Mais on ne va pas pour autant faire sortir de terre une nouvelle décharge en 24 heures !
Tout d’abord il faut des solutions alternatives qui peuvent être mises en place dans les trois mois. Il s'agir du pré-traitement des déchets par le procédé mécano-biologique porté par le Symctom. J'’ai déjà écrit au président Barlagne pour lui confirmer que le conseil général mettait le foncier à disposition dès lors qu’il répondait aux prescriptions requises en termes de protection de l’environnement. Ensuite, il faut implanter deux ou trois CSDU, et en premier lieu celui de Sainte-Rose qui est le projet le plus abouti actuellement.
Et en attendant ?
Dans ce laps de temps, peut-être que la Gabarre pourrait accepter de soulager Baillif en acceptant une partie des déchets à traiter, dès que l’on garantit au Sictom que ce n’est pas la totalité des déchets et que ce sera uniquement pour une durée transitoire.
Dans le même temps, il faut poursuivre les travaux qui permettront la finalisation de la réhabilitation de la Gabarre et l’implantation de l’incinérateur sur ce site. Un projet que le département co-finance avec la Région au titre du prochain Programme opérationnel intégré.
Si la population de Baillif obtient ces garanties avec une feuille de route claire, je pense qu’elle va accepter que l’on ré-ouvre temporairement la décharge, avant de la fermer définitivement dans 3 ou 4 mois. Mais il est impensable de croire que l’on va dire aux gens de continuer de garder leurs déchets chez eux, avec les risques sanitaires que cela inclut, dans les écoles, dans les hôpitaux, et pour l’image de notre département.
Chacun doit faire preuve de responsabilité et de solidarité.
Vous proposez du foncier. A qui ? Où ? Pour quoi faire ? Quand ? Est-ce une solution immédiate ? Ou un nouveau bluff pour gagner du temps ?
Je trouve insultant que vous pensiez que je cherche à gagner du temps alors qu’il est question de la santé de nos compatriotes et d’un enjeu majeur pour le pays.
Mais encore...
La proposition du département est claire : nous disposons d’un patrimoine foncier dans toute la Guadeloupe et dans la région du sud Basse-terre. J’ai proposé au président du Symctom de se rapprocher des services du conseil général pour rechercher dans notre cartographie un foncier qui corresponde au projet de pré-traitement mécano-biologique qu’il veut mettre en œuvre. Si ce foncier répond aux normes requises, comme la protection de l’environnement et notamment de la nappe phréatique, je le mets à disposition du Symctom. C’est une solution immédiate et je suis même prêt à accompagner financièrement ce projet.
Vous avez proposé un CSDU à Sainte-Rose. Toujours pas mis en place parce que vous avez d'un côté un maire fluctuant au gré des vents et un comité de riverains qui vous accuse de vouloir empoisonner les petits enfants du quartier. Où en est-on de la mise en place effective du CSDU ? Quand ouvre-t-il ?
Je rappelle que ce projet de création d’un CSDU à Sainte-Rose est un projet accompagné par le conseil général.
Une étude réalisée en août 2006 par l’Agence Antea a confirmé que cette parcelle, située hors de l’emprise de tout espace naturel protégé, présente des caractéristiques physiques très favorables à l’aménagement d’un centre de stockage de déchets.
Par ailleurs ce même site de l’Espérance avait aussi été sélectionné par l’Ademe dans le cadre d’une recherche de site de stockage de déchets ultimes et stabilisés. Une étude en 1999, il y a 8 ans, déjà par le bureau d’étude Caraïbes Environnement.
L’idée de l’implantation d’un CSDU sur ce site est donc fondée.
Vous réfutez pleinement ce qu'on entend et lit, à savoir qu'il s'agit d'une structure d'accueil de tous les déchets de Guadeloupe.
Bien sûr ! On a fait croire à la population que ce CSDU allait accueillir tous les déchets de la Guadeloupe, voire de la Caraïbe et moi je dis et répète que c’est faux et archi-faux. Je répète qu’il faut plusieurs CSDU en Guadeloupe et que nous mettrons à disposition le foncier nécessaire à leur implantation.
De même, on a fait croire aux agriculteurs qu’ils allaient être spoliés, alors que le projet intègre une zone-tampon incompressible dévolue à l’agriculture.
Quand les travaux vont-ils démarrer ?
Dès lors que la municipalité aura procédé à la révision du plan local d’urbanisme pour intégrer ce projet, avec les autorisations requises, les travaux pourront démarrer.
Pourquoi boude-t-on ostensiblement les structures que sont Ecodec et l'usine de retraitement des ferrailles de la Jaula ? Ne pouvez-vous pas faire pression que ceux qui sont de votre obédience pour qu'ils se bougent ?
Le conseil général n’est pas là pour faire pression sur qui que ce soit. La libre administration des collectivités publiques est un principe fondamental de la République. Il n’y a pas de tutelle du conseil général ou de Jacques Gillot sur les communes et leurs chefs d’édilité. Nous encourageons simplement les communes à mettre en place des mesures comme le tri sélectif et nous les accompagnons financièrement au travers du Fonds d’aide aux communes et de crédits spécifiques qui soutiennent les projets de préservation de l’environnement ou de traitement des déchets.
Plus largement, je pense qu’il y a une prise de conscience des maires et de la population, mais parfois les mentalités prennent trop de temps à évoluer.
Au gré des dernières semaines, on a le sentiment que le dossier vous échappe pour être repris par Victorin Lurel. Impression seulement ?
Une fois pour toutes, je veux redire qu’il n’y a pas de compétition entre Gillot et Lurel, entre la Région et le Département ! C’est à croire que la synergie que nous avons mise en place depuis 2004 dans l’intérêt de la Guadeloupe n’est pas du goût de tout le monde !
Avec le président Lurel, nous travaillons en étroite concertation sur tous les grands dossiers du pays. Nous sommes sur la même longueur d’ondes sur la question des déchets et c’est d’ailleurs pourquoi nous avons ensemble lancé l’idée de créer, à moyen terme, une structure unique de collecte et de traitement des déchets qui rassemble les compétences de toutes les communes. Cette structure fonctionnerait à partir des deux syndicats existants, qu’il n’est pas question de dessaisir du dossier, mais elle aurait l’avantage de favoriser une prise en compte globale, à l’échelon de la Guadeloupe, de la question des déchets. La Région et le Département seraient prêts à participer au financement des investissements nécessaires.
Le préfet Brot a clairement dit que cette histoire n'était pas son affaire. Qu'en pensez-vous ?
La question des déchets est l’affaire de tous. C’est tout d’abord l’affaire de tous les citoyens : personne ne veut stocker les déchets dans sa commune, pourtant nous produisons tous chaque année des déchets par centaines de milliers de tonnes. Les élus doivent assumer leurs responsabilités dans le cadre de leurs compétences respectives et être cohérents avec eux-mêmes. L’Etat a également sa part de responsabilité en tant que garant de l’ordre public, particulièrement en cas de menace sanitaire.
Je souhaite que nous ne cédions pas à l’individualisme, car c’est un pays que nous avons à construire et nous n’allons pas jeter les déchets à la mer.
Propos recueillis par André-Jean VIDAL
Exergue 1
« Le conseil général s’est engagé à concurrence de 3 millions d'euros dans l’accompagnement du projet de restructuration et d’implantation d’une usine d’incinération à la décharge de la Gabarre. »
Exergue 2
« Je m’étonne du revirement de certains responsables politiques, et en particulier du maire de Sainte-Rose, qui avait donné son accord personnel pour l’implantation d’un CSDU à Sainte-Rose. »
Exergue 3
π« Personne ne veut stocker les déchets dans sa commune, pourtant nous produisons tous chaque année des déchets par centaines de milliers de tonnes. »
Exergue 4
« L’Etat a également sa part de responsabilité en tant que garant de l’ordre public, particulièrement en cas de menace sanitaire. »
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